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Prises en charge 07/04/2015

Médecines alternatives et complémentaires

Acupuncture, auriculothérapie, homéopathie, hypnose, sophrologie pour ne citer que les plus pratiquées, les médecines alternatives et complémentaires, les MAC, font doucement mais sûrement leur entrée à l’hôpital. Gros plan, exemples à l’appui, sur une pratique qui attire et divise à la fois.

Vous avez dit MAC ? Définition des médecines alternatives et complémentaires

A la médecine dite allopathique, scientifiquement vérifiable, on oppose généralement les médecines homéopathiques qu’on appelle aussi médecines douces, médecines traditionnelles, médecines non conventionnelles dans l’Union européenne ou encore « médecines alternatives et complémentaires » chez les Anglo-saxons.

Pour Isabelle Ignace, psychologue, hypno-thérapeute et responsable du pôle pédagogique de l’Institut Français d’Hypnose (www.hypnose.fr), « ces médecines ne viennent pas tant en remplacement des médecines occidentales qu’en complément, en appui de celles-ci. Cette précision est importante pour éviter l’arrêt d’un traitement. Par exemple, quand je reçois des patients souffrant d’un cancer, je leur demande de ne pas cesser leur chimiothérapie. »

La médecine non allopathique, souvent issue de pratiques séculaires, constitue un groupe hétérogène de pratiques qui peuvent prendre la forme de phytothérapie (traitement par les plantes), d’acupuncture (une médecine traditionnelle chinoise reposant sur une vision énergétique du corps), d’hypnose (placement en état de veille paradoxale), etc.  Seules l'acupuncture et l'homéopathie sont, en France, reconnues comme « orientation médicale » mais elles ne sont toutefois pas des spécialités.

Les médecines douces bénéficient à la fois d’un certain succès et d’une certaine méfiance dans la mesure où elles ne sont pas toujours légalement encadrées et peuvent donner lieu à des dérives plus ou moins dangereuses.

L'entrée des médecines alternatives et complémentaires (MAC) à l'hôpital

L’entrée des MAC à l’hôpital se fait de manière assez conséquente comme en témoigne, par exemple, le plan stratégique 2010 de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris (AP-HP) qui fait désormais place aux médecines alternatives et complémentaires – et notamment à la médecine traditionnelle chinoise – promues au rang de « thématique innovante ». 

Ces médecines alternatives et complémentaires investissent tous les services, depuis la néonatalogie jusqu’aux soins palliatifs en passant par les services de gastroentérologie ou les consultations anti-tabac. Les résultats ne sont pas toujours vérifiables. Du coup les médecins sont sceptiques à l’égard de ces médecines non conventionnelles. C’est le cas du docteur Thomas Bachelot, cancérologue à Lyon. Il recourt à l’homéopathie pour répondre à la demande des patients et parce que l’homéopathie propose, dans le soulagement de la douleur, une prise en charge globale du patient. Mais, pour lui, les traitements homéopathiques fonctionnent parce que leurs utilisateurs y croient et non pas pour des raisons scientifiques. On est ici proche de l’effet placebo. Le professeur Israël Nisand qui dirige le pôle de gynécologie-obstétrique du CHU de Strasbourg défend une position assez proche quand il affirme qu’il ne sait pas comment l’acupuncture fonctionne mais qu’il voit que celle-ci marche.

Quel avenir pour les médecines non conventionnelles à l’hôpital ? Dans les services où ces médecines sont utilisées, des formations de quelques jours sont dispensées. Les infirmières et les sages-femmes qui le souhaitent peuvent alors parfois suivre une formation diplômante. Ainsi, par exemple, les universités de Montpellier ou de Strasbourg ont mis en place un diplôme interuniversitaire d’acupuncture en obstétrique réservé aux sages-femmes.  

Des expériences réussies qui ouvrent de nouvelles portes pour les MAC

Homéopathie et oncologie

Parce qu’elle ne confère pas d’effets secondaires, l’homéopathie séduit de nombreux patients comme le montre une étude conduite par Manuel Rodrigues, un interne en oncologie médicale à la Pitié-Salpêtrière à Paris.

Menée de janvier à mars 2010, cette étude a inclus 850 adultes atteints d’une tumeur solide ou d’une hémopathie. Sur les 844 questionnaires reçus, il est apparu que 60 % des patients recouraient aux MAC, à commencer par l’homéopathie (33 %), les acides gras oméga-3 (28 %), les probiotiques (23 %), les régimes alimentaires alternatifs (22 %), la consommation de vitamine C ou de thé vert. Plus de 45 % des patients n’en avaient jamais parlé à leur médecin traitant.

A Lyon où se trouvent les laboratoires Boiron, leader dans les médicaments homéopathiques, Marie-France Bordet, consultante chez Boiron et médecin généraliste, assure une consultation d’homéopathie à l’hôpital de la Croix-Rousse, dans le service d’hépatologie du professeur Christian Trepo. Cette consultation, qui existe depuis une quinzaine d’années, vise à atténuer les effets secondaires indésirables des traitements des hépatites et du sida. Quand, hormis les antidépresseurs et les anxiolytiques, la médecine allopathique n’a pas de réponse aux allergies, aux troubles de l’humeur, l’homéopathie peut être un bon remède sans risque d’interaction médicamenteuse. D’autant que la spécificité de l’homéopathie est de s’attacher non seulement aux symptômes mais aussi aux habitudes des patients.

Hypnose et obstétrique

A l’hôpital Robert Debré, accoucher avec l'aide de l'hypnose est possible depuis quelques années. Et ce grâce au soutien financier de la fondation APICIL qui a pour objectif l’amélioration de la prise en charge de la douleur en France qui ont permis aux soignants de cet hôpital de se former auprès de l'Institut Français d'Hypnose. Des séances sont proposées lors de la préparation à l’accouchement. Les femmes – et parfois leur mari – y apprennent des techniques pour mieux contrôler la peur et la douleur. Après quelques exercices, elles connaissent les techniques qui fonctionnent pour elles-mêmes et sont capables de pratiquer l’autohypnose. « Rien à voir avec l’hypnose spectacle où l’on reste passif, ici nous sommes dans des techniques d’hypno-analgésie. Les femmes apprennent à s’aider soi-même pour être actrices au moment de leur accouchement », déclare Isabelle Ignace, psychologue et formatrice pour l'IFH à l’hôpital Robert Debré. Au cours des séances, les femmes apprennent à identifier la peur qui leur est propre : peur de la douleur, des contractions, de la délivrance, du statut de mère, etc. Ensuite, les patientes trouvent des images pour les aider à dépasser cette peur. Concrètement, il s’agit pour les femmes de se projeter dans un imaginaire qui les sécurise, les apaise. Ainsi, par exemple, une femme peut visualiser la délivrance comme un objectif d’un appareil photo en train de s’ouvrir de plus en plus jusqu’à atteindre un grand angle. Les patientes peuvent aussi, grâce à l’imagerie mentale, rester bien présentes dans l’accouchement qu’elles sont en train de vivre.

« Les résultats sont bons, ajoute Isabelle Ignace. Les femmes disent que la douleur est atténuée, beaucoup plus supportable, et ce que l’hypno-analgésie soit utilisée avant la péridurale ou en remplacement de celle-ci. Bon nombre de femmes interrogées par les praticiens estiment que leur douleur ressentie passe de 8 à 4 sur une échelle de 1 à 10. »

« L'hôpital Robert Debré est encore, à l'heure actuelle, un des rares hôpitaux à proposer cette technique, selon Isabelle Ignace. Ce qu’on peut déplorer, ce ne sont pas les a priori contre l’hypnose qui sont de moins en moins nombreux mais c’est le manque de moyens. En raison de leur lourde charge de travail, les sages-femmes formées – qui ne sont que trois sur les 35 sages-femmes – ne peuvent pas toujours encadrer les femmes qui souhaitent accoucher avec l'aide de l'hypnose. Les femmes qui accouchent peuvent toutefois utiliser l'auto-hypnose, grâce aux groupe d'hypno-relaxation proposés en plus de la préparation classique à l'accouchement. »

Hypnose et anesthésie

Autre exemple d’utilisation de l’hypnose, au CHU de Nîmes cette fois. Depuis 2007, le docteur Guylaine Tran pratique des anesthésies sous hypnose, ou hypno-sédations, dans le service de gastro-entérologie du professeur Philippe Pouderoux. « L'hypnose est reconnue par nos sociétés savantes (SFAR) depuis 2004 comme pratique alternative à l'anesthésie générale ou plutôt comme pratique intégrative » analyse l'anesthésiste.

« Cette pratique requiert l’aval des équipes médicales et nécessite la motivation du patient. Elle se déroule de manière sécurisée, dans les mêmes conditions qu’une anesthésie générale, c’est-à-dire avec vérification des constantes, masque à oxygène, patient à jeun. etc. L’hypnose ericksonienne fait appel à un souvenir agréable du patient que celui-ci doit raconter au praticien. Lors de la transe hypnotique, sorte de rêve éveillé, le patient revit complètement la scène », explique le docteur Tran.

Les résultats sont très intéressants car, selon elle,  « 98 % des patients se disent satisfaits, prêts à recommencer ou à conseiller l’hypno-sédation. Ils se sentent acteurs ou co-acteurs du soin ». De plus, contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’hypno-sédation permet un gain de temps. En effet, le passage en salle de réveil est plus bref. Enfin, l’ambiance dans la salle de travail est plus calme. Il faut savoir que seul le professionnel de santé en charge de l’hypnose a le droit de parler (au patient). L’équipe doit parler le plus doucement possible.

Compte-tenu de ces résultats, le CHU de Nîmes est favorable, dans sa politique, au déploiement des médecines non conventionnelles dans différents services (obstétrique, soins palliatifs, etc.) et permet des sessions de formation. « D’autres anesthésistes sont formés de même que des infirmières anesthésistes lors de formations très opérationnelles » renchérit Guylaine Tran.

« Ces techniques d’hypno-sédation sont très importantes car elles aident des patients qui, sans elles, ne pourraient pas subir d’anesthésie générale en raison de pathologies associées. De plus, des patients qui ne faisaient pas leur endoscopie parce qu’ils refusaient l’anesthésie classique, se mettent à venir passer leur examen », ajoute-t-il.

Acupuncture, auriculothérapie et traitement de la douleur

Plusieurs services hospitaliers ouvrent leurs portes à la pratique de l’acupuncture dont les bénéfices sur les maux de tête, la douleur chronique ou encore l’asthme commencent à être reconnus.

Au CHU de Strasbourg, l’équipe obstétrique utilise les aiguilles de la médecine traditionnelle chinoise pour rendre les contractions plus efficaces, accélérer la dilation du col mais aussi en cas d’allaitement difficile ou de baby blues. Le service a même étendu les indications pour traiter les difficultés de la grossesse.

Parce qu’elle ne pouvait pas piquer sur des zones irradiées, le docteur Sabine Brûlé de l’hôpital de Villejuif s’est tournée vers l’auriculothérapie. Le principe ? Piquer l’oreille en des points très précis qui peuvent même être trouvés par un appareil. Les résultats ? Un taux de réussite de 70 % avec des améliorations importantes sur les membres fantômes, les douleurs chroniques liées aux suites opératoires et aux chimiothérapies, qui résistent aux opiacés. Mais, souligne le docteur Brûlé, il faut beaucoup se battre en raison du nombre de détracteurs dans les hôpitaux. Pourtant, la demande est forte : les patients font connaître à d’autres les techniques douces.

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