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Pathologies 07/04/2015

Ostéopathie

L’ostéopathie est une approche thérapeutique dont les enjeux sont encore mal connus des français. Quant au corps médical, il émet des réserves face à une pratique qui n’est pas, malgré ses résultats, reconnue comme une médecine. Pourtant, les mentalités évoluent et l’ostéopathie fait doucement (mais sûrement ?) son entrée à l’hôpital.

Présentation de l’ostéopathie

Plus de quatre Français sur dix affirment avoir déjà consulté un ostéopathe, selon un sondage réalisé par OpinionWay pour le Syndicat de Médecine Manuelle-Ostéopathie de France (SMMOF) en octobre 2010. Si les Français sont de plus en plus nombreux à recourir à cette pratique, leur niveau de connaissances sur le sujet laisse encore à désirer. Ainsi, plus de 9 sondés sur 10 considèrent que l'ostéopathie permet essentiellement de soigner des problèmes de dos et 37 % des personnes interrogées croient que l'ostéopathie est réservée aux adultes.

Ostéopathie : définition

L’ostéopathie a été fondée à la fin du XIXe siècle, aux Etats-Unis, par le docteur Andrew Taylor Still qui enseignait alors une approche globale, holistique de la santé et recourait à des techniques de soin manuelles. Etymologiquement, ostéopathie vient d’ostéon (os en grec) et de pathos (affection, maladie). Mais cette pratique dépasse largement, comme le suggère le contexte de sa création, le traitement des affections du squelette.

L’ostéopathie repose sur trois grands principes :

  • L’unité du corps : Le premier principe de l’ostéopathie est la prise en compte des individus dans leur globalité environnementale et physique. Toutes les parties du corps étant reliées entre elles par l’intermédiaire des tissus organiques, le corps constitue une unité fonctionnelle indissociable. Dès qu’une structure du corps présente une perturbation dans son fonctionnement, cela retentit sur le fonctionnement des autres structures, même de celles situées à distance ;
  • La structure gouverne la fonction : Dès qu’une structure qui compose le corps humain commence à perdre de la mobilité, la fonction qu’elle est sensée remplir est perturbée, ce qui entraîne un trouble fonctionnel. Par exemple, une perte de mouvement du colon peut être à l’origine d’une colopathie fonctionnelle ;
  • Le corps possède ses propres règles de régulation : Pour Andrew Taylor Still, le corps possède des mécanismes d’auto-guérison.

 Que fait un ostéopathe ? Les pathologies traitées par l’ostéopathie sont variées : pathologies du système neurologique (névralgies, sciatiques, etc.), du système ORL et pulmonaire (rhinites, céphalées, etc.), du système cardio-vasculaire, du système orthopédique (lombalgies, entorses, etc.), du système neurovégétatif (états dépressifs, stress, etc.), du système digestif (constipation, gastrites, etc.), du système génito-urinaire, et séquelles de traumatismes.

Comme les ostéopathes l’admettent eux-mêmes, cette pratique manuelle n'est pas adaptée aux maladies purement organiques, génétiques ou s'accompagnant d'états infectieux ou inflammatoires importants. Elle s'adresse plutôt à des pathologies fonctionnelles dans lesquelles le corps et le psychisme sont intriqués. L’ostéopathie est curative mais également préventive.

Elle concerne aussi l’enfant et le nourrisson, notamment pour régler des problèmes d'agitation du sommeil ou pour supprimer une déformation du crâne secondaire à l'utilisation d'un forceps durant l'accouchement, par exemple.

Techniques ostéopathiques

Plusieurs techniques ostéopathiques existent qui sont convoquées en fonction du trouble soigné :

  • Les techniques structurelles : L’ostéopathe agit sur la lésion elle-même avec des manipulations douces et indolores. C’est par exemple, le geste de correction sur une entorse pour faire retrouver la mobilité de l’articulation ;
  • Les techniques fonctionnelles : Pour soigner des phases aiguës, l’ostéopathe procède par des mouvements à peine perceptibles par le patient. Ces mouvements ont été conçus au début du XXe siècle par l'ostéopathe américain William G. Sutherland ;
  • Les techniques « crânio-sacrées » : Il s'agit de très légers mouvements proches du crâne qui permettent de rétablir la délicate mobilité des os du crâne et d’agir sur le mouvement respiratoire primaire. Il faut dire que le couple crâne-sacrum forme une entité biodynamique particulièrement importante.

Réglementation

Ce n’est qu’avec la loi « droit des malades » de mars 2002 dite loi Kouchner que l’ostéopathie est reconnue et devient donc légale en France. Cette loi encadre nettement sa pratique : « L'usage professionnel du titre d'ostéopathe ou de chiropracteur est réservé aux personnes titulaires d'un diplôme sanctionnant une formation spécifique à l'ostéopathie ou à la chiropraxie délivrée par un établissement de formation agréé par le ministre chargé de la santé dans des conditions fixées par décret. » Les consultations ne sont pas remboursées.

L’ostéopathie est un titre et non une profession.

La pratique étant encore mal perçue par le milieu sanitaire, la majorité des ostéopathes français (environ 12 000) sont des médecins ou des kinésithérapeutes qui pratiquent donc une activité dite médicale. Un moyen de donner une légitimité à leur pratique ostéopathique ?

L’ostéopathie à l’hôpital : entre réticences et bonnes pratiques

Le regard d’un chef de service

Entre ostéopathes et chefs de service, la collaboration est possible et fructueuse comme l’illustre la démarche de Georges Elhomsy à l’hôpital de Troyes. Chirurgien en chirurgie générale digestive et chef du service de chirurgie pariétale, Georges Elhomsy travaille avec un ostéopathe car, pour lui, la chirurgie est une indication pour l’ostéopathie. « Je suis convaincu depuis de nombreuses années et j’ai pris l’initiative d’envoyer mes patients vers un ostéopathe en ville car il n’y a pas de poste créé à l’hôpital ». Pour autant il n’existe pas de poste d’ostéopathe à l’hôpital.

L’avis d’un praticien hospitalier algologue ostéopathe

Médecin urgentiste au Centre Hospitalier Ariège Couserans, Barthelemy de Truchis a complété sa formation avec plusieurs diplômes dont un d’algologie. Il a suivi une formation de base à l’ostéopathie durant six ans. Aujourd’hui, il partage son temps entre les urgences et la consultation consacrée à la douleur chronique. « Quand je me suis demandé comment intégrer ma pratique d’ostéopathe dans un contexte hospitalier, j’ai compris que ma consultation d’algologie était le lieu fait pour ça. L’hôpital n’aurait jamais ouvert de consultation d’ostéopathie en tant que tel », explique le médecin ostéopathe. Avant d’ajouter « Ma pratique d’ostéopathe n’existe que sous couvert de ma compétence d’algologue au sein de l hôpital ».

Pour lui, l’ostéopathie est une prise en charge complémentaire aux prises en charge traditionnelles. « L’approche ostéopathique s’intègre bien aux autres propositions thérapeutiques hospitalières. Lorsqu’il y a une dimension de souffrance psychologique, je réoriente le patient vers un confère psychiatre ou psychothérapeute » souligne Barthelemy de Truchis.

Celui-ci est bien conscient que la situation des ostéopathes non-médecins qui exercent en milieu hospitalier est à chaque fois particulière et que leur pratique peut être mal comprise voire mal acceptée du point de vue médical. « Il faut respecter le temps hospitalier. La pratique ostéopathique conjointement aux prises en charge hospitalières usuelles notamment dans les consultations douleur est bénéficiaire au patient. Mon sentiment est que nous ne sommes qu’au début dans le changement de nos pratiques de soins. A mon sens ce sont les associations de malades qui solliciteront le plus les changements de pratique pour que les patients hospitalisés puissent bénéficier d’autres modalités thérapeutiques comme l’ostéopathie », affirme le médecin.

L’exemple d’un ostéopathe non professionnel de santé

Depuis cinq ans, l’ostéopathe Emmanuel Hartmann exerce, dans le cadre d’une association, l’Association des Ostéopathes en Milieu Hospitalier (AOMH), au sein de la maternité d’Arcachon : « Les sages-femmes de l’hôpital nous adressaient régulièrement des nourrissons avec des troubles fonctionnels nettement installés. Devant cette situation, nous nous sommes regroupés avec d’autres ostéopathes au sein de l’AOMH et avons proposé au chef de service de l’établissement un projet qui se voulait sérieux (concernant des ostéopathes membres en exercice exclusif uniquement) et pérenne. Heureusement, la maternité d’Arcachon était très ouverte quant aux problématiques d’accueil de la mère et de l’enfant, ce qui fait que notre projet a été accepté. » L’association exerce aujourd’hui, et depuis 5 ans, deux demi-journées par semaine dans un cadre bénévole. « Seules quelques personnes individuelles en France ont réussi à établir une convention rémunérée avec des hôpitaux publics », souligne l’ostéopathe. Ce qui prouve qu’on en est aux prémices des collaborations entre ostéopathes et établissements hospitaliers publics.

Les interventions d’Emmanuel Hartmann ont lieu avec l'aval des pédiatres, sur signalement des bébés à traiter par le personnel soignant. «Les ostéopathes de l'association traitent environ 30 % des nouveau-nés autour de J+2. L’intervention, qui est unique pour ne pas trop fatiguer le nouveau-né, traite surtout des troubles fonctionnels (difficulté à prendre le sein, pleurs continus, œdème du crâne après un accouchement difficile (torticolis, etc.) avec des techniques douces comme l’approche crânio-sacrée par exemple », explique le praticien.

Au sein de l’équipe pluridisciplinaire, les relations sont plutôt bonnes. « Il faut dire que lorsque notre association a commencé à intervenir, nous avons fait des réunions de travail pour expliquer nos méthodes et essayer d’adopter un vocabulaire commun. Une démarche nécessaire lorsque l’on sait qu’il n’y a pas d’étude scientifique démontrant les résultats de l’ostéopathie périnatale. » Il est évidement essentiel que les relations soient bonnes pour que les ostéopathes puissent continuer d’intervenir dans les maternités. « C’est surtout avec les pédiatres et l'équipe soignante qu’il faut entretenir de bonnes relations car ce sont eux qui nous donnent l’aval pour soigner les troubles du confort des nourrissons que nous prenons en charge ».

Pour Emmanuel Hartmann, le regard sur l’ostéopathie en maternité est en train de changer : « Auparavant, les mamans étaient assez surprises de constater que l’ostéopathie était aussi préconisée pour les bébés et elles s’étonnaient de voir des ostéopathes en maternité. Avec les cours de préparation à l’accouchement, l’information a été véhiculée et l’effet de surprise tend à disparaître. Attention toutefois à ne pas généraliser. L’ostéopathie en maternité n’en est qu’à ses débuts et connaît des freins majeurs. Des freins qui sont d’ordre scientifique (on manque d’études sur les bénéfices de l’ostéopathie, ce qui entraîne un déficit de reconnaissance de cette pratique de la part des grands pontes du monde hospitalier), pratique (on manque aussi de budget pour rémunérer les ostéopathes) et culturel (le monde médical n’est pas habitué à raisonner en intégrant l’ostéopathie). »

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