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La vie à l'hôpital 07/04/2015

La culture à l’hôpital

salines

Des liens entre art et thérapie sont tissés dès l’Antiquité : Apollon était  le dieu des arts et un dieu guérisseur. Par la suite, la créativité et la folie ont été parfois associées. Enfin, les pratiques artistiques ont investi l’hôpital. Rachel Even, directrice artistique de l’association « Art dans la cité », parle même, à propos de la culture à l’hôpital, d’ « inutilité nécessaire ». Tâchons d’en savoir plus.

La politique culturelle mise en œuvre pour l’hôpital

La convention de 1999

Cela s’est traduit par une convention entre le ministère de la Santé et le ministère de la Culture, la convention du 4 mai 1999. Celle-ci fixe le cadre d’un dispositif décentralisé reposant sur un partenariat entre les Directions régionales des affaires culturelles (DRAC) et les Agences régionales d’hospitalisation (ARH), devenues en 2009 les Agences régionales de santé (ARS). Grâce à cette convention, un programme à financements tripartites entre hôpitaux, ARS et soutiens privés organisés en Cercle des partenaires a pu être mis en œuvre. La convention met en place 3 actions.

D’abord, elle favorise les jumelages entre les hôpitaux et leur réseau culturel de proximité (bibliothèque, musée, conservatoire de musique, château, etc.). Ainsi dès 2003, l’Assistance Publique-Hôpitaux de Marseille et le Théâtre du Merlan, scène nationale ont conclu un accord. Plusieurs équipes artistiques ont été sélectionnées pour élaborer un projet mêlant les arts vivants (théâtre, poésie, arts plastiques). A Lyon, le musée Gadagne, musée d’histoire de la ville, et l’hôpital Debrousse (devenu l’hôpital Femme, Mère, Enfant), établissement pédiatrique des Hospices civils de la ville ont mis en place, dès 2001, une action intitulée « L’hôpital et la ville ». Son principe ? Proposer aux enfants hospitalisés, qui ne connaissent pas toujours bien leur ville, une balade dans Lyon grâce à une mallette multi-sensorielle. En tout, ce sont plus de 400 jumelages qui ont été montés depuis 1999.

La convention favorise aussi la lecture. Une étude sur les pratiques de lecture et un livret de recommandations ont été publiées. Les médiathèques municipales sont largement sollicitées et le développement de bibliothèques au sein des établissements de soins est fortement soutenu. A Paris,  il existe un réseau de 21 médiathèques gérées par des bibliothécaires professionnels et complété par 17 points de lecture gérés par des bénévoles. Ce réseau est coordonné par le centre Inter-médiathèques. L’objectif de cette promotion de la lecture est d’ « opposer à l’immobilité du lit d’hôpital le mouvement de l’imaginaire ». Au CHU de Grenoble et dans la maison de retraite de Saint-Ismier rattachée au CHU, depuis 2005, on intègre l’hôpital au cœur des manifestations littéraires locales comme au festival « Ecrivains en Grésivaudan » par exemple. Cela se traduit par des lectures théâtralisées données par des comédiens professionnels dans les espaces d’attente ou des rencontres avec des auteurs ou encore des prêts d’ouvrages. La grande manifestation « Lire en fête » permet aux deux ministères – de la Santé et de la Culture – de s’associer pour reconduire, depuis plusieurs années, l’opération « Lire en fête à l’hôpital et en clinique » à laquelle les services hospitaliers participent activement.

Enfin, est mise en place la fonction de responsable culturel, nouveau métier de la culture exercé au sein des hôpitaux. Le responsable culturel met en œuvre des politiques culturelles intégrées dans la stratégie des établissements hospitaliers.

Le renforcement de la convention

Le protocole d’accord du 10 janvier 2006 entre les deux ministères et le Cercle des partenaires vient consolider l’engagement du Cercle de soutenir les jumelages.

Le 6 mai 2010 a signée la convention « Culture et santé » qui étend le dispositif aux établissements médico-sociaux, à titre expérimental.

Une convention culture s’est alors développée au sein de la conférence des directeurs généraux de CHU.

Art et cité

Quand la culture s’expose à l’hôpital

L’hôpital est un espace-temps qui peut faire la part belle à la culture. Claude Edery, directeur du CHI Ambroise-Château Renault et coordinateur de la mission interministérielle « Fondation culture santé » rappelle que « chaque année, 40 millions de personnes passent par les hôpitaux. Certains y découvrent la musique classique et les œuvres artistiques majeures lors de leur passage à l’hôpital »

L’art semble fortement plébiscité à l’hôpital. En témoigne les nombreuses expositions qui s’y déroulent avec succès comme l’exposition vidéo «  Six milliards d’autres » de Yann Arthus-Bertrand  qui a fait escale dans plusieurs CHU, de Lyon à Marseille en passant par Bordeaux ou Grenoble par exemple. On pourrait même dire que les projets artistiques s’efforcent de rendre l’hôpital hospitalier.

Un exemple intéressant est le cas du centre de cancérologie Henry Kaplan qui a reçu pendant cinq ans une exposition de tableaux de grande dimension : les expositions peuvent s’inscrire dans une démarche culturelle pérenne. Dans certains hôpitaux – psychiatriques notamment –, des structurelles culturelles proposant un programme à l’année se sont même installées in situ. Dans bien des cas, elles s’ouvrent au public de la ville.

L’hôpital, entre lieu de soin et lieu de vie

Au-delà des expositions, des œuvres d’art sont réalisées spécialement pour les établissements. C’est là le cœur de métier d’une association comme «  Art dans la Cité ». Pour Rachel Even, sa directrice artistique, « la vocation de l’association est de mettre de l’art dans l’hôpital pour accompagner le patient hospitalisé ». «  Nous faisons intervenir des artistes plasticiens de renommé internationale pour créer une œuvre originale destinée à un site spécifique (accueil, salle d’attente, couloirs des services, chambres, etc.) », ajoute-t-elle.

Prenons l’exemple du CH de Chambéry. Salines a été réalisée pour la nouvelle maternité. Installation multimédia, l’œuvre est issue de photographies et de sons captés dans la Manche. L’artiste, Agnès Caffier, a imaginé des photographies marines qui s’animent image par image sur de petits écrans vidéo dispersés dans la maternité. L’image de la mer symbolise l’image du ventre de la mère enceinte et des pulsations cardiaques du futur enfant. Parallèlement, des sons de vagues sont programmés sur les des téléphones de la maternité.... Un son est offert aux patientes, programmé sur leurs téléphones portables. Elles gardent une trace de leur passage à la maternité et portent Salines hors de l’hôpital. » Avec cet exemple onirique qui, tel une signalétique, ponctue les différents étages, on voit bien que l’art cherche à donner du sens – aux deux acceptions du terme - aux espaces hospitaliers. On pourrait même dire que « les projets artistiques s’efforcent de rendre l’hôpital hospitalier ».

Rachel Even explique la réalisation des œuvres : « Lorsque nous recevons une commande d’un établissement hospitalier, nous réalisons l’œuvre in situ. Les artistes viennent dans les centres hospitaliers et les personnes hospitalisées participent à la création à leur manière en lien étroit avec les équipes soignantes». L’art est au plus près des patients.

De l'art et/est du soin

Humanité : L’art comme mode d’expression du malade

Pour commémorer les 10 ans de la convention de 1999, est née l’idée d’une publication recensant 30 projets culturels représentatifs. Dans Humanités, 10 ans d’art et de culture, tous les arts sont représentés, du cinéma au théâtre en passant par la musique, l’art plastique…

Petit florilège d’initiatives originales ! Au CHU d’Angers, l’Orchestre national des Pays de la Loire donne des concerts et joue dans les chambres pour détendre les patients ; à Bordeaux, le cinéma vient à l’hôpital grâce au centre Jean Vigo, ce qui crée une respiration pour les patients en long séjour. Au CHU de Caen, la résidence pour personnes âgées accueille un projet sur les chambres de résidants, espace au confluent du public et de l’intime. L’objectif est de réaliser des boîtes avec des objets propres à chacun. En parallèle, est monté un atelier d’écriture autour de la description de la chambre et du récit de vie. Il s’agit de faire travailler la mémoire des résidents.

Comme le formule bien Julie Leteurtre, coordinatrice du projet Humanités, grâce à l’art, « la vie de la personne malade n’est pas, à l’hôpital, différente de celle qu’elle mène en dehors de ses murs : elle peut y lire, y voir un film, y découvrir l’art ou l’histoire. Elle n’y est pas un corps dysfonctionnant mais une personne douée de sensations, d’émotions, d’intelligence, d’imagination, de créativité, etc. ».

L’art comme soin du corps  

La question du corps – malade ou non, du malade ou non – transcende bon nombre de projets. Au CHU de Rouen, les danseurs de la compagnie Sylvain Giroud animent des ateliers au sein même des services. Patients et soignants des unités concernées dansent et voient danser. En retour, la compagnie s’inspire des mouvements du corps à l’hôpital/corps hospitalisé comme d’un répertoire de gestes en vue de la création d’une pièce dansée qui interroge le rapport des soignants et des soignés au corps hospitalisé. Pour certains des malades, la danse n’est pas une simple animation mais un possible soin.

 « Le patient comme le soignant sont vus différemment et sont alors perçus comme des êtres sensibles et égaux, capables d’apprécier, ensemble, une œuvre. L’art procure aussi au patient un mode irremplaçable d’expression. Il participe ainsi, dans un processus de soin, à la reconquête d’une identité que la maladie a pu malmener », résume bien Roselyne Bachelot-Narquin dans la préface d’Humanités.

La durée moyenne de séjour raccourcit, ce qui constitue un frein au développement d’une politique culturelle pérenne. Depuis quelques décennies, des alternatives à l’hospitalisation se développent avec des hôpitaux de jour, des soins à domicile, etc. et les pratiques culturelles doivent s’y adapter.

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