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Un rapport de l'Inca recommande de généraliser la coordination entre cancérologues et gériatres pour la prise en charge des patients âgés atteints de cancer

[APM] Il faut généraliser les coordinations entre les équipes de gériatrie et les équipes de cancérologie pour mieux prendre en charge les patients âgés atteints de cancer dont le nombre progresse fortement, recommande un rapport de l'Institut national du cancer (Inca).

L'Inca a rendu public jeudi ce rapport en préparation depuis 2007, à l'occasion de la remise du prix Bruce Kennedy à Martine Extermann, dimanche lors du congrès de l'American Society of Clinical Oncology (Asco). La Suissesse qui travaille au H. Lee Moffitt Cancer Center à Tampa (Floride) est l'actuelle présidente de la Société internationale d'oncogériatrie (Siog). Grande spécialiste du cancer de la personne âgée, elle travaille actuellement à l'établissement d'un score pour permettre aux oncologues de mieux évaluer le risque de toxicité sévère d'un patient devant recevoir une chimiothérapie.

Le rapport a été réalisé par la mission oncogériatrie de l'Inca, avec l'appui des Unités pilotes de coordination en oncogériatrie (UPCOG), mises en place depuis 2006 sous l'impulsion de l'Inca dans 13 régions. Il dresse un état des lieux et propose des recommandations pour améliorer la prise en charge globale et spécifique de ces patients afin d'offrir une prise en charge personnalisée de qualité.

Il rejoint les propositions faites par le Pr Jean-Pierre Grünfeld, dans son rapport préparatoire au Plan cancer II. Le Pr Grünfeld a relevé que le cancer chez la personne âgée va constituer un problème majeur du futur.

"L'oncogériatrie sera l'un des moteurs du prochain Plan cancer", a souligné le Pr Jean-Pierre Droz (Lyon), coordonnateur du rapport, lors d'une rencontre à l'Inca à la veille de l'Asco.

Du fait de la croissance de la population âgée et de l'augmentation de l'incidence du cancer avec l'âge, la population âgée atteinte de cancer est en forte progression. On dénombrait 90.000 diagnostics de cancer chez les personnes de plus de 75 ans en 2005, un chiffre qui devrait être porté à plus de 130.000 en 2025. En 2008, le nombre de personnes atteintes de cancer après 65 ans est estimé à 204.000 personnes (109.000 après 75 ans), avec 104.000 décès.

"Cela va représenter beaucoup plus de personnes à soigner. On va avoir besoin de bien définir des prises en charge pour ces patients âgés", a souligné le Pr Dominique Maraninchi, président de l'Inca, lors de cette rencontre.

"En termes d'organisation, la France est probablement la mieux armée en oncogériatrie, avec une approche de santé publique, mais la recherche demande à être développée", a constaté le Pr Droz.

Le spécialiste rappelle que l'oncogériatrie n'est pas une sous-spécialité de cancérologie ou de gériatrie, mais un "concept selon lequel des spécialistes du cancer et de la gériatrie travaillent ensemble pour prendre en charge de manière globale les patients avec pour objectif l'amélioration de l'état de santé des personnes atteintes de cancer".

Le rapport dresse un état des lieux de l'épidémiologie, de l'analyse précise du couple dépistage/diagnostic précoce, des spécificités des différentes thérapeutiques de cette population, de la recherche, la formation, l'offre de soins et de l'adaptation des politiques de santé publique à cette population. Il insiste sur le développement d'un parcours de soins coordonné de qualité.

"Le point essentiel est d'exécuter un plan de prise en charge avec un plan personnalisé de soins (PPS), comme pour tout patient traité pour un cancer, mais complété d'une intervention gériatrique qui va gérer toute le reste", a décrit le Pr Droz. Il faut développer le suivi de la prise en charge personnalisée de soins.

L'étude Oncodage en cours vise à proposer un test simple de dépistage des problèmes de santé du patient. En 10 min, le chirurgien, l'oncologue ou le radiothérapeute peut évaluer si le patient a des problèmes qui peuvent se résoudre de façon médicale (hypertension...) ou s'il relève d'une évaluation gériatrique complète. Sur les 1.600 patients de plus de 70 ans prévus, presque 700 sont inclus. Les résultats seront connus courant 2010.

Le rapport ne recommande pas de créer de nouvelles structures comme des services d'oncogériatrie mais de développer la collaboration entre les circuits gériatriques et cancérologiques là où les patients sont.

Il faudra aussi développer le nombre d'unités pilotes pour assurer un meilleur maillage sur le territoire, après une évaluation formelle qui devrait être faite en septembre.

"Je pense qu'il faut labelliser le concept d'exercice dans des structures à un niveau plus local, dans les établissements qui seront autorisés à prendre en charge des patients atteints de cancer, avec un gériatre pour les soins selon des cahiers des charges établis", a expliqué le Pr Droz.

Ces équipes seront en lien avec les unités chargées de la formation, de l'enseignement, de la recherche et du recours.

FORMATION ET RECHERCHE MEDICO-ECONOMIQUE

Il faut mettre l'accent sur la formation, un des objectifs des unités pilotes pour avoir des cancérologues et des gériatres éclairés qui travaillent ensemble, a poursuivi le Pr Droz. Il n'y a pas lieu de créer une nouvelle spécialité d'oncogériatrie mais il faut enseigner à tous les niveaux (formation initiale pour les spécialistes, formation continue pour les généralistes et spécialistes, et pour les paramédicaux) un savoir-faire basé sur les principes d'une coopération entre la cancérologie et la gériatrie.

L'information de l'ensemble des personnels de santé et du public doit être renforcée car beaucoup d'a priori et d'idées fausses circulent encore. "Beaucoup de patients n'arrivent pas au médecin, certains ont des traitements inappropriés. La personne âgée est très hétérogène", a-t-il rappelé.

La recherche, peut-être l'une des faiblesses en France, mérite d'être développée, surtout la recherche médico-économique pour évaluer l'impact de ces prises en charge, "qui est de la très, très bonne médecine", sur les coûts et sur les bénéfices en termes d'allongement de la vie sans dépendance et d'amélioration de la qualité de vie, a indiqué le Pr Droz.

La recherche doit, selon lui, s'intéresser aux liens entre vieillissement et fragilité, et aux liens entre vieillissement et cancer. Il est recommandé de mener des études sur l'hétérogénéité du vieillissement, sur la carcinogenèse, ainsi que des études spécifiques du sujet âgé sur les stratégies de traitements, sur les nouvelles molécules et des études de pharmacologie. Comme le montre le rapport, cancer par cancer, il existe encore peu de traitements validés chez le sujet âgé, notamment avec les nouvelles thérapeutiques ciblées qui ont des toxicités susceptibles de s'avérer très problématiques chez les personnes âgées (hypertension, hémorragies, toxicité rénale...).

(Etat des lieux et perspectives en oncogériatrie, 380 pages)

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PARIS, 28 mai 2009 (APM)



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