Les transfusions chez les patients cancéreux semblent augmenter le risque thromboembolique et la mortalité
L'anémie est fréquente chez les cancéreux. Elle est souvent traitée par érythropoïétine, mais plusieurs études ont suggéré que ces médicaments augmenteraient le risque thromboembolique veineux et la mortalité. De ce fait, les autorités réglementaires ont recommandé de restreindre leur utilisation en cancérologie.
Une des alternatives, recommandée par exemple par l'Agence européenne du médicament (EMEA), est de choisir la transfusion de globules rouges comme alternative aux érythropoïétines pour traiter l'anémie chez les cancéreux (cf dépêche APM EHLFQ008).
Mais Alok Khorana de l'université de Rochester et ses collègues se sont inquiétés du fait que le bénéfice clinique des transfusions chez ces patients n'a pas été démontré dans des études randomisées.
Comme les quelques données disponibles suggéraient un risque potentiel, ils ont choisi de faire une grande étude de cohorte pour clarifier cette question, en analysant les données de 504.208 hospitalisations de patients cancéreux regroupées dans une base de données.
Dans cette population, 14% des patients ont reçu au moins une transfusion de globules rouges. Les auteurs se sont aussi intéressés aux transfusions de plaquettes, qui ont concerné 3% des patients.
Concernant les globules rouges, le risque d'événement thromboembolique était significativement augmenté. Les patients transfusés ont développé un événement thromboembolique veineux dans 7,2% des cas, contre 3,9% des patients non transfusés, et 5,2% ont développé un événement thromboembolique artériel contre 3,1% des patients non transfusés.
Une analyse multivariée, prenant en compte de nombreux autres facteurs de risque potentiels, montre que la transfusion de globules rouges augmentait de 60% le risque thromboembolique veineux et de 53% le risque thromboembolique artériel (ce qui regroupe notamment les événements coronaires et cérébrovasculaires).
La transfusion de globules rouges augmentait de 34% la mortalité hospitalière de ces patients cancéreux.
Pour les transfusions de plaquettes, le risque thromboembolique veineux était augmenté de façon plus modeste, de 20%, mais c'était statistiquement significatif. Le risque thromboembolique artériel était augmenté de 55%. Mais surtout, la mortalité hospitalière était plus que doublée (risque multiplié par 2,4).
Ces résultats "suggèrent la prudence dans l'utilisation des transfusions comme alternative aux érythropoïétines car elles pourraient présenter un risque similaire de complication thrombotique et sur la survie", concluent les chercheurs en appelant à la conduite d'études rigoureuses sur ce sujet.
Concernant les mécanismes possibles qui expliqueraient cet effet négatif de la transfusion chez les cancéreux, les auteurs évoquent un effet délétère de l'apport massif de fer favorisant le stress oxydatif, un manque de monoxyde d'azote dans les globules rouges stockés qui favoriserait la vasoconstriction, ou l'apport de médiateurs pro-inflammatoires et prothrombotiques via la transfusion.
(Archives of Internal Medicine, vol.168, n°21, p.2377-2381)
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WASHINGTON, 6 janvier 2009 (APM)



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