Le dysfonctionnement rénal, une complication à long terme préoccupante de la greffe hépatique chez l'enfant
[APM] Le dysfonctionnement rénal représente une complication à long terme fréquente et préoccupante chez les enfants ayant eu une greffe hépatique, confirme une équipe française.
Chez l'enfant, la plupart des études menées sur ce sujet jusqu'à présent ont utilisé une évaluation rénale inadaptée reposant sur la créatinine sérique et les suivis à long terme sont très rares.
L'équipe du Pr Pierre Cochat des Hospices Civils de Lyon (HCL) rapporte dans Transplantation, un suivi à long terme d'une cohorte de 69 enfants greffés hépatiques en utilisant la clairance de l'inuline, gold standard pour mesurer le taux de filtration glomérulaire.
Dans cette cohorte, l'âge médian au moment de la greffe était de 3,2 ans et le suivi médian post-greffe de 9,3 ans.
Dix ans après la transplantation hépatique, l'incidence cumulée de l'insuffisance rénale chronique atteignait 25%. Elle apparaissait au bout de quatre ans, en valeur médiane. Pour 13 enfants, l'insuffisance rénale chronique était permanente, de stade 3 pour 11 d'entre eux et de stade 4 pour les deux autres. Aucun n'a toutefois atteint le stade terminal qui impose la dialyse pendant le suivi.
Après une baisse initiale de 40% du taux de filtration glomérulaire entre avant la greffe et un an après, la fonction rénale reste stable entre un et quatre ans post-greffe puis diminue légèrement au cours du temps.
Une analyse statistique met en évidence des facteurs associés à ce dysfonctionnement rénal comme l'hypertension artérielle, l'utilisation de la ciclosporine dans le traitement immunosuppresseur initial et des maladies hépatiques avec implication rénale dont des anomalies congénitales du métabolisme, le syndrome d'Alagille et la fibrose hépatique.
"La fonction rénale représente une préoccupation importante longtemps après une greffe hépatique pédiatrique", constatent les auteurs.
Ces complications sévères rendent nécessaire d'exercer une surveillance rénale à long terme, de favoriser une collaboration étroite entre néphrologues et hépatologues, d'opter pour une prise en charge ciblée selon la maladie hépatique d'origine, de contrôler strictement l'hypertension et de choisir des stratégies de traitement limitant le recours aux inhibiteurs de la calcineurine, recommandent les auteurs.
La réduction de la dose d'inhibiteurs de la calcineurine en association à un recours au mycophénolate mofétil (Cellcept*, Roche) ou au sirolimus (Rapamune*, Wyeth) est en cours d'évaluation et semble améliorer la fonction rénale, du moins à court terme, mais cela nécessite plus d'études.
(Transplantation, vol.86, n°8, pp.1028-1034)
sl/san/APM
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WASHINGTON, 5 novembre 2008 (APM)