Addiction au jeu
Un groupe d'experts recommande d'améliorer l'information et la formation
[APM] Une expertise collective de l'Inserm recommande de renforcer la prévention à l'encontre de l'addiction aux jeux de hasard et d'argent par des actions d'information et de formation, dans un rapport présenté mardi.
Commandée par la Direction générale de la santé (DGS), cette expertise ciblée sur la problématique de santé publique associée aux jeux s'appuie sur les données scientifiques disponibles au premier trimestre 2008 (environ 1.250 articles).
Le groupe d'experts suggère de "promouvoir une information claire et objective du public" portant sur "les dommages sociaux, professionnels, familiaux, sur le caractère éventuellement addictif des conduites de jeu".
Des travaux d'information, de prévention, de formation dans les espaces de jeu et/ou sur les supports de jeu ont récemment été engagées en France avec, par exemple, la diffusion de plaquettes, de brochures, de slogans ou même d'un logo "jeu responsable", rappelle le rapport.
Selon les experts, l'information doit amener chaque joueur à s'interroger sur son propre comportement en lui expliquant les différences entre jeu social, jeu problématique (défini à travers ses conséquences négatives) et jeu pathologique.
"L'information doit souligner le caractère individuel des trajectoires des joueurs, le comportement évoluant parfois de façon réversible", a indiqué lors d'une conférence de presse Sylvie Craipeau, sociologue à l'Institut national des télécommunications à Evry et membre du groupe d'experts.
La politique de prévention doit considérer plusieurs niveaux de risques et s'adresser aux "différents publics qui pratiquent le jeu afin que toutes les générations se sentent concernées", soutiennent les experts.
Pour atteindre les groupes considérés comme à risques, ils recommandent de former les opérateurs et les employés du secteur du jeu aux risques liés au jeu, au repérage des personnes en difficulté et à l'apprentissage des attitudes adaptées.
Concernant l'addiction aux jeux en ligne, qui constitue un phénomène émergent depuis la généralisation d'internet, ils préconisent l'adhésion des éditeurs de jeux d'argent en ligne à une "charte de bonne conduite" incluant notamment un contrôle de l'âge des joueurs, un seuil limite de crédit et des possibilités de demande d'aide ou d'auto-exclusion.
Un joueur qui le souhaite devrait donc pouvoir s'inscrire, de façon irrévocable pour trois ans, sur un fichier national recensant les "interdits de jeux", ce qui n'existe pour l'instant que pour les joueurs de casino.
Les experts tiennent aussi compte de l'amélioration technologique des jeux existants (machine à sous, vidéo loterie, etc.) et du développement, grâce à internet, des jeux au domicile et sur le lieu de travail qui peuvent "provoquer de nouveaux types de risques".
Ils conseillent la vigilance vis-à-vis de ces sites internet et recommandent qu'ils "développent a minima des liens vers des sites d'information sur les problèmes liés aux jeux".
AMELIORER LE DEPISTAGE ET LA PRISE EN CHARGE
Afin d'améliorer le dépistage, le groupe d'experts recommande "d'adapter et de valider" les outils de dépistage et de diagnostic existants à l'étranger, à l'intention des adolescents d'une part et des seniors d'autre part.
"Ces outils ne sont actuellement pas assez développés en France", a déclaré lors de la conférence de presse le Dr Christophe Lançon, du service de psychiatrie adulte à l'hôpital Sainte-Marguerite (AP-HM). Les experts estiment que les outils de dépistage doivent être validés pour les jeux de hasard et d'argent traditionnels mais également pour les jeux sur internet.
Les experts veulent aussi améliorer la prise en charge des joueurs pathologiques.
"On estime qu'environ 10% seulement des joueurs pathologiques font une demande de soins car ils ont des difficultés d'accès aux soins, redoutent une stigmatisation ou bien sont convaincus qu'ils maîtrisent leur comportement", a expliqué le psychiatre marseillais.
Le groupe d'experts recommande la diffusion de conseils et d'adresses à travers des brochures sur les lieux de jeux et préconise de développer une ligne d'écoute téléphonique nationale et publique sur le mode de ce qui existe déjà pour les consommations de substances psychoactives, à l'intention des joueurs en difficulté avec leur pratique de jeu.
Il insiste dans son rapport sur l'importance d'apporter un soutien à l'entourage des joueurs et souligne la nécessité d'évaluer différents modes d'interventions brèves.
"Il semble que ces interventions brèves soient bien adaptées, en tout cas pour les joueurs dits 'problématiques' (...) Les techniques de type motivationnel donnent de bons résultats", a indiqué à l'APM Christophe Lançon.
Enfin, les experts proposent d'installer dans chaque interrégion un centre de référence universitaire, inscrit au sein d'une structure de soins hospitalo-universitaire, dévolu aux problèmes de jeu pathologique et impliquant des missions de soin, d'enseignement, de recherche et de formation. Ils suggèrent de renforcer la formation des professionnels des centres de soins d'accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) sur l'addiction au jeu.
PARIS, 22 juillet 2008
tn/co/eh/APM
redaction@apmnews.com
La santé en clics