Transplantation d'organes: une plateforme nationale de répartition des greffons en janvier 2010
[APM] L'Agence de la biomédecine a présenté lundi lors de ses journées organisées à Paris la plateforme nationale de répartition des greffons pour la transplantation d'organes qui entrera en fonctionnement à partir du mardi 5 janvier 2010.
Ce nouvel outil sera sans incidence sur les règles de répartition actuelles qui restent inchangées, a souligné le Dr Alain Atinault de la direction opérationnelle du prélèvement et de la greffe (DOPG) à l'Agence de la biomédecine, en présentant ce nouvel outil dont l'arrivée avait été annoncée par l'agence. "Les règles vont rester ce qu'elles sont. Il y aura juste un changement d'interlocuteur pour les équipes de greffe", a-t-il expliqué.
Le Service de régulation et d'appui (SRA) conserve la phase de régulation. Les coordinations hospitalières s'adresseront toujours à lui pour qualifier un donneur. Mais une fois la qualification des dossiers des donneurs et des organes réalisée et validée par les SRA en contact permanent avec les équipes de réanimation et de coordination, et en expertise avec les équipes de greffe dans certains cas, la répartition des organes sera assurée par la plateforme nationale de répartition des greffons.
Cela laissera au régulateur du SRA le temps nécessaire à la bonne gestion des dossiers des donneurs, qu'il pourra traiter sans avoir à gérer simultanément des appels pour la répartition.
Un interlocuteur unique de la plateforme prendra contact avec toutes les équipes de greffe dont un receveur serait éligible.
Cette plateforme sera opérationnelle 24 heures sur 24 tous les jours de l'année, a indiqué Alain Atinault.
L'Agence de la biomédecine espère que cette plateforme permettra d'avoir "une vision immédiate et directe" donc améliorée de l'activité nationale de prélèvement et des possibilités de proposition de ces greffons, en particulier dans la gestion des priorités nationales.
Elle compte aussi sur une amélioration de l'efficacité de la répartition grâce à la diminution du nombre d'échelons intermédiaires entre l'acteur proposant du SRA et le preneur de décision au sein de l'équipe de greffe.
L'un des indicateurs de suivi sera la diminution du temps entre la première proposition et la prise de décision d'attribution.
Actuellement, sur un an, pour plus de 5.000 greffons proposés, le flux total des propositions s'élève à 44.704, avec un pic à 23 heures, dont 16.793 entre les services de l'agence et les équipes. Grâce à l'échelon national, le flux devrait être simplifié. Il a été évalué à 28.000 propositions de l'agence vers les équipes, a cité le Dr Atinault.
Dans chaque SRA, il restera un régulateur et un médecin d'astreinte. Le pôle national de répartition des greffons comprendra une infirmière de répartition, deux assistantes de répartition et un médecin d'astreinte.
Il en est attendu également une meilleure gestion des greffons dits limites. L'augmentation de l'âge des donneurs et l'élargissement des critères de prélèvement ont fait augmenter leur nombre. Or, ils nécessitent une prise de décision rapide pour limiter leur dégradation. La plateforme devrait pouvoir faire appel plus rapidement directement à des équipes ciblées.
En outre, il est attendu une amélioration de l'évaluation des pratiques de répartition lors des propositions de greffons aux équipes des modalités d'attribution mais aussi de l'évaluation des refus des équipes de greffe, la gestion des procédures par un interlocuteur unique permettant d'harmoniser l'interprétation des réponses.
Le coeur du système sera le logiciel Cristal -la base de données informatisée gérant les dossiers des donneurs et des receveurs en temps réel- relié à tous les acteurs en permanence. Pour cela, plusieurs nouvelles fonctionnalités ont été introduites dans le système, a indiqué Sami Djabbour des services informatiques de l'agence.
Un programme Donor Action français
Lors de la même session, un nouvel outil de recensement a été présenté, appelé Cristal action. Il succède au Donor Action utilisé par un nombre grandissant d'équipes depuis les années 2000, au total par 46 hôpitaux (sur 157), a indiqué le Dr Jean-Paul Jacob de la DOPG.
Le programme international Donor action est un outil pour connaître la situation du prélèvement dans un hôpital. Il s'appuie sur une enquête rétrospective sur les décès impliquant différents professionnels dans l'hôpital et la direction. L'évaluation permet ensuite d'identifier les maillons à renforcer, les besoins en formation, en communication. C'est un outil d'amélioration du prélèvement, a-t-il rappelé.
Cependant, malgré son intérêt, Donor action présente des inconvénients avec des contraintes informatiques, des problèmes de saisie et une exploitation des données très difficile. De plus, son caractère international pose des problèmes d'interprétation parfois et la fondation qui le développe rencontre des difficultés financières.
Pour toutes ces raisons, l'agence a voulu développer un nouvel outil gardant la même philosophie.
Cristal action constitue une version très améliorée de l'application. Il y aura un lien fort avec la base Cristal Donneur pour récupérer les données, ce qui évite une double saisie. Tous les blocages écran ont été supprimés grâce à une saisie contextuelle, les champs à remplir se modifiant en fonction des réponses.
Cet outil sera accessible à partir du portail internet de l'agence, a précisé Sami Djabbour.
La récupération de données par extraction pour établir des résultats graphiques, des statistiques sera possible, grâce à l'outil de l'agence Info service, a complété le Dr Jacob.
Le passage de Donor action à Cristal action se fera début janvier 2010. Un courrier a été préparé pour les directeurs d'établissements et des formations délocalisées ont commencé.
Dans le futur, il est prévu d'intégrer la possibilité de faire du suivi des comas graves, puis d'ajouter d'autres données dans le système comme le nombre de décès hospitaliers, de lits par unité et par établissement ou le nombre de passage aux urgences fournissant des indicateurs annuels permettant d'analyser et d'améliorer le processus notamment en regardant les hétérogénéités régionales.
Stabilisation des prélèvements et des greffes
Interrogée pendant les journées sur l'activité 2009, la directrice de l'Agence de la biomédecine, Emmanuelle Prada-Bordenave, a indiqué que depuis le début d'année, difficile en termes d'activité pour le prélèvement et la greffe, le prélèvement s'était repris. "On ne fera pas mieux qu'en 2008 mais pas moins bien", a-t-elle indiqué.
La greffe a souffert ces derniers mois et les résultats sont un peu en-dessous de ceux de 2008, a-t-elle ajouté. A fin novembre, le niveau d'activité enregistrait une légère baisse de l'ordre de 10 greffes en moins par rapport à 2008, a précisé à l'APM Alain Atinault. Ce sera plus de l'ordre de la "stabilisation-tassement", a-t-il ajouté. En 2008, l'activité s'était juste maintenue par rapport à l'année précédente, après plusieurs années de hausse, rappelle-t-on.
Pour le rein, l'activité de greffe enregistre une petite baisse du fait de l'augmentation de l'âge des donneurs qui donne moins de greffons utilisables. Pour le foie, l'activité est plutôt stable. Cette situation est notamment le reflet des difficultés rencontrées à l'hôpital, analyse la directrice de l'agence. "Chaque fois qu'un des maillons est plus sollicité dans un autre domaine, comme avec la grippe qui mobilise plus les équipes de réanimation, ça fragilise toute la chaîne", commente-t-elle.
"Mais les équipes ne baissent pas les bras et recherchent toujours des voies d'amélioration", note-t-elle.
PARIS, 15 décembre 2009



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