Obésité
La prévalence de l'obésité chez les adultes en France a augmenté de 70% en 12 ans
[APM] L'obésité continue d'augmenter de façon significative en France chez les adultes, dans toutes les catégories de la population, montrent les nouvelles données de l'enquête ObEpi qui met en évidence une augmentation de 70% en 12 ans de la prévalence de cette pathologie.
L'enquête ObEpi est réalisée tous les trois ans depuis 1997. Les résultats de la cinquième édition ont été présentés mardi lors d'une conférence de presse et permettent désormais d'avoir une notion de l'évolution de cette pathologie sur une douzaine d'années.
Financée par Roche -qui commercialise le traitement de l'obésité Xenical* (orlistat)-, l'enquête est réalisée par TNS Healthcare Sofres. Un questionnaire a été envoyé à 20.000 foyers représentatifs de la population française. Les retours ont permis d'avoir des informations sur 25.286 personnes de plus de 18 ans.
Il s'agit d'une enquête déclarative, c'est-à-dire que les personnes interrogées répondent elles-mêmes au questionnaire et il n'y a pas de vérification ensuite, a rappelé Marie-Aline Charles de l'Inserm en présentant ces résultats. Les chiffres de prévalence sont vraisemblablement un peu sous-estimés, comme le montre, pour 2006, la comparaison entre différentes enquêtes déclaratives -dont ObEpi- et ceux de l'Enquête nationale nutrition santé de l'Institut de veille sanitaire (InVS), qui donnait des chiffres supérieurs de 2% à 3% en ayant pesé et mesuré les patients.
Selon les chiffres de 2009 dans ObEpi, 14,5% de la population française adulte est obèse. Ce taux recouvre 10,6% de personnes avec un indice de masse corporelle (IMC) compris entre 30 et 34,9 kg/m2, 2,8% d'obésités sévères (IMC entre 35 et 39,9 kg/m2) et 1,1% d'obésités massives (40 kg/m2 et plus).
A côté de l'obésité, il faut compter aussi 31,9% de la population en surpoids (IMC entre 25 et 29,9 kg/m2). Ainsi, 46,4% de la population française adulte est en surpoids ou obèse.
La comparaison des résultats des cinq enquêtes ObEpi montre une augmentation continue de la prévalence de l'obésité, qui est passée de 8,5% en 1997 à 14,5% en 2009. Cela correspond à une augmentation relative de 5,9% par an en moyenne, ou globalement de 70% en 12 ans, a précisé Marie-Aline Charles.
Trois millions d'obèses en plus
En chiffres, cela représente un passage d'environ 3.566.000 personnes obèses en 1997 à 6.488.000 en 2009, soit près de 3 millions d'obèses en plus en 12 ans.
Notamment, l'obésité sévère a plus que doublé, passant de 1,2% à 2,8%, et l'obésité massive a presque quadruplé, passant de 0,3% à 1,1%. La prévalence du surpoids a peu augmenté en revanche, de 29,8% en 1997 à 31,9% en 2009. L'obésité a augmenté pour les deux sexes mais de façon plus importante chez les femmes (passant de 8,3% à 15,1%) que chez les hommes (passant de 8,8% à 13,9%). En particulier, les obésités sévères et morbides ont plus augmenté chez les femmes que chez les hommes.
Parmi les autres données présentées, on note une augmentation de l'obésité dans toutes les tranches d'âges. De plus, la nouvelle enquête confirme que les personnes deviennent obèses de plus en plus jeunes. Pour les personnes nées entre 1946 et 1951, le seuil de 10% de la population devenue obèse était atteint à l'âge de 49 ans. Pour la génération suivante, née entre 1973 et 1979, le seuil de 10% est atteint dès l'âge de 32 ans.
Mais si on devient obèse plus tôt, il y a aussi plus d'obésité chez les personnes âgées, a noté le Pr Arnaud Basdevant de la Pitié-Salpêtrière à Paris (AP-HP).
Autrefois, on considérait qu'il n'y avait pas d'obésité après 65 ans, a-t-il rappelé. Et de fait, on voyait très peu d'obèses âgés. L'une des raisons pouvait être que l'obésité était associée à une mortalité précoce; il y avait donc une sélection des personnes non obèses chez les plus âgés. Mais l'amélioration des traitements et de la prévention de nombreuses maladies, notamment cardiovasculaires, font qu'on en voit de plus en plus, a-t-il indiqué. Il a montré les chiffres d'ObEpi qui confirment la pratique clinique: il y a 17,9% d'obésité (dont 3,1% d'obésité sévère et 1,1% d'obésité massive) chez les plus de 65 ans, la prévalence restant significative même au-delà de 80 ans.
Cela a une importance car, si les maladies cardiovasculaires sont évitées par la prise en charge des facteurs de risque, ces obèses âgés ont des problèmes "mécaniques, notamment articulaires", ainsi que des problèmes respiratoires. De plus, des données montrent une association entre obésité et cancer, qui va encore augmenter avec la longévité accrue des obèses, a souligné le spécialiste.
L'enquête a également porté sur la proportion de personnes traitées pour une hypertension, une hypercholestérolémie ou un diabète. Elle montre que les obèses sont plus fréquemment traités pour ces facteurs de risque et en particulier, qu'ils sont 12 fois plus souvent traités pour les trois facteurs de risque à la fois. Quant aux personnes en surpoids, elles sont cinq fois plus souvent traitées pour les trois facteurs de risque.
L'enquête ObEpi confirme par ailleurs que l'obésité augmente dans toutes les catégories socio-économiques de la population (à l'exception possible des plus aisés, mais les données ne sont pas claires).
La prévalence varie selon les régions de France, le Centre, le Nord et l'Est étant les plus touchés, mais quel que soit le niveau de départ, elle augmente dans toutes les régions. La prévalence actuelle est la plus élevée dans le Nord-Pas-de-Calais (20,5%) et la plus basse dans tout le Sud-Est de la France à 12,4%.
Pas d'échec des campagnes de prévention
Lors des questions aux intervenants, l'efficacité des campagnes de prévention de l'obésité a été évoquée, au vu de l'augmentation continue de la prévalence de l'obésité. Le Pr Basdevant a répondu en estimant très clairement qu'il n'y avait "pas d'échec" de ces campagnes.
D'une part, les pourcentages actuels chez les adultes sont "le résultat d'un phénomène cumulatif sur plus de 20 ans" et sont donc la conséquence de modes de vie qui ont commencé à avoir un impact bien avant qu'il y ait des campagnes de communication sur le sujet.
D'autre part, toutes les campagnes de prévention destinées à modifier des comportements "mettent 30 à 40 ans" avant d'avoir des effets significatifs. Rappelant qu'avec la prévention du tabagisme, facteur de risque unique, "on y arrive à peine", pour l'obésité qui est multifactorielle, "condamner la prévention après six-sept ans serait une erreur" et serait "sévère et injuste".
De plus, compte tenu du fait que l'obésité résulte d'un effet cumulatif dans la durée, le Pr Basdevant "n'attend pas de grand effet de la prévention chez l'adulte", et s'attend à voir la prévalence de l'obésité continuer à augmenter. Il espère en revanche voir un effet chez les jeunes. Ce qui ne l'empêche pas en même temps de s'interroger sur l'efficacité de campagnes focalisées uniquement sur la nutrition, alors que des "facteurs sociaux, environnementaux, d'urbanisme" devraient également être pris en compte.
fb/ab/APM polsan
PARIS, 10 novembre 2009 (APM)



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